Pablo Neruda

Extrait de « Testament d’automne » (in Vaguedivague) :

 

Le poète commence à raconter sa conviction et ses prédilections. 

Entre mourir et ne pas mourir

J’ai pris parti pour la guitare

Et dans cette intense profession

mon coeur n’a de cesse,

Parce que là où l’on m’attend le moins

J’arriverai avec mon équipage

pour récolter le premier vin

dans les chapeaux de l’automne.

 

J’entrerai s’ils ferment la porte

et s’ils me reçoivent je m’en vais,

Je ne suis pas de ces navigateurs

qui s’égarent dans la glace :

je m’adapte comme le vent,

avec les feuilles les plus jaunes,

avec les chapitres tombés

des yeux des statues

et si je me repose quelque part

c’est dans la propre noix du feu

c’est dans ce qui palpite et crépite

et voyage ensuite sans destin.

 

Le long de ces lignes

tu as du trouver ton nom,

je le regrette très peu,

il ne s’agissait pas d’autre chose,

parce que tu es et parce que tu n’es pas

et cela arrive à tout le monde,

personne ne se rend compte de tout

et lorsqu’on additionne les chiffres

nous étions tous de faux riches :

maintenant nous sommes de vrais pauvres.

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