Raymond Rêve

 « Raymond Rêve » d’Anne Crausac ou du principe fondamental de la littérature de jeunesse expliqué aux parents

S’identifier à un personnage. Vivre un beau rêve qui marie les mots et les images. Développer une narration. Cultiver des sensations au contact de la personne qui lit. Découvrir un objet mystérieux et peut-être inquiétant. Ingrédients d’un livre de littérature de jeunesse. Ingrédients d’un livre tout court que la littérature de jeunesse condense pour s’adapter aux apprentis lecteurs. Car se faire lire un livre c’est déjà lire, l’autonomie en moins.

Raymond rêve est une sorte d’épure de tout cela. Un précis de littérature.

L’histoire est très simple : c’est le printemps, deux escargots se rencontrent, tombent amoureux et ont de nombreux petits escargots. L’un d’eux, Raymond, est inquiet face à la vie. Alors il se met à rêver, à se rêver, en de multiples facettes, en girafe, en cerise, en pomme d’amour, en éléphant, en loup, en fraise. La rêverie est à la fois logique et illogique, comme dans les vrais rêves. Et puis, il réalise. Après tout, ce n’est pas si mal d’être un escargot. On peut voyager. Et surtout, du jour où on est soi-même, on peut s’ouvrir à la rencontre de Juliette. L’album se clôt sur des arbres gros de fruits. C’est l’été.

Parcours. Condensé de vie affective. Un tracé.

Un programme presque. Qui dit qu’aimer c’est guérir. Ou que pour aimer, il faut être guéri.

Un contrefort pour éviter de s’oublier en route. Pour que l’adolescence soit sereine ou du moins pour en sortir un jour.

Il faut se raconter des histoires pour se construire une identité propre. Il faut ne plus s’en raconter pour partir en voyage. Et s’offrir une chance de rencontrer l’âme soeur.

Leçon simplissime de vie.

Poésie, au sens grec d’une production de l’esprit, des adultes vers les enfants.

Récit d’expérience.

Education. Conduire hors de. Hors du monde des rêves.

Est poétique ce qui nous ramène vers nous même. A pas de loup… à bave d’escargot…

Bien sûr, l’escargot est la métaphore par excellence de la sexualité. Il est sans doute un peu tôt pour en parler. Mais affirmer qu’il lui faut de la douceur et un rien d’imagination est très certainement conforme à ce que le bébé a peut-être expérimenté déjà et à ce qu’il sera amené à refouler un peu plus tard.

Ce livre accompagne à merveille me semble-t-il le deuxième âge de la vie correspondant à la maternelle car il rassure sur ce qui a été traversé avec les parents et médiatise les premiers temps de la socialisation tout en accompagnant les progrès cognitifs qui prendront corps en primaire, au moment des apprentissages fondamentaux. Cette parcelle d’enfance, à l’adolescence servira de repère. Et quoi de plus beau, une fois adulte, que de redécouvrir tout cela dans un livre à l’occasion d’une parentalité. Quoi de plus troublant. Mais quoi de plus lumineux.

Le fond blanc des dessins graphiquement soignés raconte parfaitement l’émotion de cette découverte.

J’ose trois conseils. Quatre ans, vers quatre ans, c’est l’âge auquel est refoulée la vie corporelle du bébé, en même temps que sont parfaitement assimilés les apprentissages basiques (la marche, la parole, la propreté). S’ouvre alors la socialisation et des questionnements sur papa et maman. Si un deuxième enfant naît dans ce moment, il convient d’être attentif au premier qui pourrait être perturbé d’avoir sous les yeux le témoin d’un âge qu’il cherche à dépasser. De même, autant que faire se peut, éviter de déménager entre la maternelle et la primaire, à l’âge précis du CP. L’enfant a alors besoin de stabilité affective. Il ne s’agit pas bien sûr de ne pas déménager s’il le faut. Mais d’accompagner ce changement qui pour l’enfant est source d’angoisse. Un livre, alors, auquel il pourra se raccrocher et surtout, beaucoup de verbalisation avec les parents. Ce n’est pas parce qu’un enfant donne tous les signes extérieurs d’une bonne adaptation qu’il ne vit pas intensément les choses. Intensément et peut-être mal, surtout si on ne verbalise pas. Et puis à l’adolescence? Pas trop de curiosité mais une grande vigilance. Respecter l’intimité tout en étant très attentif et très cadrant. Veiller à ce que l’image que l’adolescent a de son corps soit positive. Cela passe par de toutes petites choses. Un certain confort. De l’intimité et aucune allusion directe à ce qui se passe en lui. Avoir ses règles ou une éjaculation pour la première fois n’a pas à être un évènement famillial. Cela se parle, dans les familles nombreuses, disons, dans celles où il y a une fratrie, dans le rapport aux parents (peu importe, absolument peu importe le sexe du parent à qui l’on en parle, c’est à l’enfant de choisir) ou aux personnes qui ont en charge son éducation. Pas devant les amis, pas devant les frères et soeurs, pas devant les copains de l’enfant.

Effarée qu’il faille rappelerer ces quelques vérités, je renvoie à l’oeuvre de Françoise Dolto*, croyante fervente. Catholique. Douce. Et qui disais aussi, parce qu’elle se dévouait corps et âme (on raconte qu’entre deux consultations, elle courrait faire le tour du pâté de maison pour se libérer des émotions qui y était nées) que dans la vie elle n’était qu’une « pauvre femme ». Vérité absolue : les enfants savent mieux que nous ce qui leur fait du bien, il suffit de les écouter. Autre vérité absolue : super maman ou super papa n’existe pas. On est condamné à faire mille erreurs si ‘on veut à tous prix être parfait.

Pour s’amuser un instant, consultez aussi le « Guide du mauvais père », une bande dessinée humoristique destinée aux hommes et à leur peur ou le Guide du bébé** et tous les livres qui dédramatise la responsabilité parentale et en font une expérience plus qu’un métier. Un jeu, une aventure.

* Pour revivre l’expérience de sa voix, est sorti un coffret complet de « Lorsque l’enfant paraît » aux éditions Frémeaux et associés.

** Et plus généralement, toutes oeuvre de Goupil (Ma femme attend un enfant… moi aussi, Le livre d’or du mariage, Devenir le mari idéal, c’est possible, etc., etc.)

 

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