La maison posée là

La maison posée là

Partitions pour confort moderne

 

 (Pablo Picasso : « Maisonnette et arbres »)

 

I-Extérieurs

Tuiles

Souffle rose. Vague – vaguelette.

Vertige long. Allongée l’onde. L’onde rose. La rosée de là-haut. Les perles du ciel. La dentelle du cou bleu.

En rebonds posées là par l’homme. L’une, pas à pas, l’autre.

En mouvement, en progression légère.

Au début, au milieu, à la fin, la tuile là anonyme.

Personne n’y pense tant font un tout, tant sont ensemble.

Beautés populaires, inodores, à peine cuites.

Douces et caressant le ciel, absorbant la pluie.

En rigoles, courbes ovales gouttées du là-haut de chez elles.

Et tombent, à l’infini.

 

Mur

Surface polie et peinte. Masse.

Grand bloc à pierres scellées, enchevêtrées, cousues, tissées.

Dans la grosseur.

Poids plein, pleine terre.

Manchot. Juste corps et lourd.

Corps là, pieds pris.

Fait, crépi, fermé.

Comme matières anesthésiées.

Présence, existence.

Rien d’autre.

 

Cheminée

Point au loin.

Humble carré.

Carré trou.

Hermétique et sans fantaisie.

Carré vierge.

Sortent suie, cendres et vapeurs.

Blanches, noires, calcinées et sulfurées, en combustion.

Dimension volcanique.

 

Enfance douce, enfance dure.

Carré noir.

 

Portes

Heureusement le frétillement des portes !

Orée.

Envolée de personnes.

La note à chaque fois que font. Le la. Et l’ici. L’ici fluet, le fluctuant du là.

Et l’équilibre dérangeant du seuil.

Notes et portées,

En mouvements de l’air.

Entrées, sorties : pincements.

Quelqu’un venu ; quelqu’un parti.

 

Fenêtres

Du flou au précis.

Du grave au léger.

Fenêtre ? Silhouette.

 

Jardin

Gazouillis d’herbes. Vertes, blotties, sans vent.

Puis parterre : fleurs, éclaboussures colorées, explosions de formes martelées.

Répétitions.

Le tube, la tubulure, la plaque, l’ovale.

 

Pétale. Doux, humide, humecté. Tout seul. Central.

Contours : nature attentive. Aux aguets.

Un brin. Une toile.

Un chant.

Semi-végétal. D’oiseau.

Arbre muet dont l’ombre porte. Feuilles bruissées.

Labyrinthe facile. Rien à cacher et tout à dire.

 

Tacheté le tableau.

A explorer, oisivement, laborieusement, en marchant, en sautillant,

De pierre en pierre, de vie en vie.

 

II- Intérieurs

Pièce

Comme une mère,

Toi grande, moi petite.

Ecarts, mesures, espaces vides.

Déserts, échos, errances.

 

Comme une sœur,

Toi grande, moi petite.

Hauteur. Ciel couvert lisse.

Resserré.

Etroitesse, longueur.

 

Comme un frère,

Phare, grand phare dans la nuit.

Angle, lande, plage.

Comme un lac,

Engloutie en toi.

 

Revêtements

Et plic ploc.

Curiosités.

D’une surface à l’autre, d’un monde à l’autre.

Et raide et dur et accrochant.

Puis lâchant tout glisse, virevolte, saute et rebondit, et s’en va, revient.

S’attache. Par bond, d’un coin à un carré, passant par la rainure. Sautille.

Plié sur le grain. Le pied en apesanteur. Le pied en l’air.

Puis croise. Refait chantier. Explore. Absorbe.

Reste encore.

S’efface.

 

Meubles

Tiens, une forme.

Ronde d’abord. Toujours ronde d’abord.

Polie, chaude, moelleuse. Accueillante.

Quelques angles.

Obtus d’abord.

Tout est tendresse. Tout est douceur.

La caresse.

Le corps posé. Précis.

La main posée. Précise.

La tête posée. Précise. Et abandonnée.

Valsent les choses.

En ronde.

Anguleuses cachettes. Parsemées dans l’espace.

Carrés, rectangles aux merveilles.

Extraire le tout du vide et d’une lampe jaillit le doré.

Dans un lit en bois brut, le sommeil se dissémine.

 

Poussières

Le fond.

S’écoulant.

Se hachant.

Puis grumeaux. Moutons. Tas.

Petites filoches. Filaments. Foins.

Queue de comètes.

Couches du passage.

Ecume grise.

Flaque solide.

 

Ustensiles et objets

Coutume du sage. En tailleur dans le temps et l’espace.

Servant, servante au tablier rigide. Aux ordres.

Sauvez nos âmes utiles.

 

Bibelots

Cliquetis de poissons.

Papotage de petits plats.

Brinquebalement des bordures.

Babillage, balbutiements, barbotis d’espace.

Pointure trois et par six.

Frottements. Rien que des petits bruits.

 

III- Intimités

Pensées

De là à l’haut.

Dans ton toit et dessous,

Dans ce crâne et dedans,

Dansent en harmonie cadencée

Trois ou quatre pensées.

Chaudes et élastiques,

Energiques et molles,

Minuscules et automatiques,

Grandes et rondes,

Affreuses ou désirantes,

Dansent en harmonie cadencée,

Quatre ou cinq petites pensées.

La première est joyeuse,

La deuxième triste,

La troisième anodine,

La quatrième très grave,

La cinquième futile,

Et ainsi de suite.

 

Dansent ensemble et en harmonie cadencée.

Et tout est jeu.

 

Êtres

Dans le temps du matin,

Dans celui du soir,

Dans le temps du midi,

Dans le temps de la nuit.

Soleil perdu, devenu presque fade.

Toiles du lui, toiles du elle, toiles du nous.

Dos à dos.

Pied à pied.

Tête à tête.

Et le reste ? Théâtre.

 

Corps

Plastique.

Un corps.

Deux corps.

Plusieurs.

Ballet.

 

Chante le piano, chante la flûte.

Et chacune des fibres.

Vibrent les muscles, résonnent les cordes.

Battent les cœurs.

 

Et la chair qui palpite.

 

Paroles

L’un dit « ah », l’autre dit « oh »

Le son de ça.

Des voix levées.

Tiens, donne, prends, laisse.

Les paroles,

Et tout est dit.

 

 

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4 commentaires

    1. Pas de problème ! Faites, faites et on en reparle. Je vous recommande aussi « Tout doux, les animaux, tout doux », dédié à vos collègues… l’amour du savoir ne connait pas de borne… j’ai été très marquée par mon passage à Paris 4 comme vous le voyez !

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