Reliefs lyriques

Reliefs lyriques

Relevés poétiques et topographiques de la terre humaine

(Vincent Van Gogh : « Champ et laboureur »)

TERRES

 Limons

Frères limons

A vous toujours

Nourriture baladeuse,

Terre de la vie,

Doux flot.

A vous toujours retournerons.

Car la boue est le socle,

Car la fange est honnête,

Car sans vous, point de chansons.

Ni mot, ni note, ni guitare,

Rien que l’eau bleue

Celle belle

De la mélodie,

Mais muette.

 

Sillons

Avec un peu d’aisance

Un grain de grâce

Quelques gouttes de terre

Des grumeaux et des lignes

Par-dessus le vers

Par-delà la rainure

Un enjambement.

Avec un pinceau fin

Un soc de charrue

Un fil

Des traits au doigt

Et l’imagination

Des lignes.

Avec emphase

Avec discrétion

Avec couleurs

Et détermination

Un grand paysage plat

Parcouru,

Fendillé,

Mordu

Par les saisons.

Monticule

Catastrophe,

Un obstacle.

Perché, juché

Un point du monde

Perdu sur la grande boule.

Prend un air serein

Convie ses frères.

Harangue la foule.

Puis s’en retourne dans le froid vent.

Puis seul encore se parle à lui-même.

Landes

Dans le désert immense

Une route.

Où va-t-elle ?

Loin là-bas.

Dans le désert immense

Une route

Prendra les détours qu’il lui faut,

Grandira infinie

Puis reviendra

A son début,

A son pas,

Dans le désert immense.

Chemins de traverse

Sur une brindille

J’ai marché d’un coup sec.

Un jour est né.

Puis j’ai recommencé.

Lopin

Sous le petit tilleul,

Sur le banc du gazon,

Je cherche dans l’ici

Un peu d’eau et des sons.

Plaine

Jaune et pleine

Et vouée à l’homme :

Terrible, sans grandiloquence;

Puissante comme

Le soleil couché à terre.

Vallée

Dans cette commissure,

Se glissent des baisers du ciel.

Bassin

Blanc, assoupi,

Etoffé de forêts et de buttes,

Au beau milieu,

Coule la Loire,

Ah, non, l’autre, le régulier.

ROCHES

Pics

Par monts, par vaux,

L’avalanche.

Le hic c’est qu’ils sont là,

Les pics.

Etêtons-les,

Coupons l’arrogance.

Il en reste des blocs.

Puis ils repoussent,

C’est là le hic.

Arrosons leur base

D’une eau bienfaisante.

Leur pied s’amollit,

Leur tête se délasse

Et les pics immédiatement

Deviennent sympathiques.

Piedmont

Emouvant cône

De masses, de matières.

Comment forme pareille

Existe ?

En se répandant.

Ou non : par la poussée.

Choc des plaques.

Ploc : un grand entonnoir.

En pente mais douce,

La montée silencieuse.

Parsemée de petits coins

Comme ceux du bois

Pour éclater de joie.

  

Haut plateau

Trône donc,

Père serein

Dans l’azur himalayen,

Un fou ira te fouler.

Volcan éteint

Il faut croire à la possibilité du calme retrouvé,

Ne pas se laisser faire,

Ne pas aller à la frénésie,

Ne pas la laisser venir à nous

Et rester calme et vieux,

Cachant ses secrets,

Comme un volcan éteint.

Continents

Il y a l’ouest lointain

Et le milieu de l’Est,

La terre du Sud,

Les craquelures du Nord

Et l’original bout du monde.

Mais jusqu’à quand ?

EAUX 

Voies d’eau

Ru,

Rien si ce n’est le filet ;

Ruisseau,

Glisse et voltige

Dans un cran fait pour lui ;

Torrent,

En boucle tourneboule

Dans les pierres

S’enfourne ;

Rivière,

Tranquille allonge

Un bras pour s’endormir ;

Fleuve,

Patine l’espace et va

Là où il veut ;

Mer,

Se repose dans un creux et dit

Ce qu’elle pense ;

Océan,

Grandit dans l’onde,

Fend la terre,

Fend le cœur.

 

Estuaire

Déchirure grave

Où s’engouffre l’eau grise,

Où s’étouffent les cris.

Delta

Eventail hasardeux des rainures bleues.

Débouché, où tout se repose,

Où tout s’écrit.

Lagune

Sœur des grands jours,

Amie des matins blancs,

Ludique. Ou pas.

Marécage de l’être.

Île

A l’orée des chaleurs,

A l’abri des embruns,

Il y a l’île et elle est là

Où elle peut être.

Archipel

Par touches calcinées,

Parsemées dans l’eau seyante,

Chamboulées dans l’azur liquide,

Prises dans la banquise molle ou fondue,

Défiant les grandeurs,

S’imposant comme un triolet,

Emergeant de l’ eau-delà jamais avéré,

Lovées au bout du monde.

Dans la pupille de l’œil océan,

Un chapelet de prières aux cieux.

Monte les prières comme une chorale,

Basses, aigrelettes, moyennes,

Appelant des hauteurs.

 Dorsale

Coupant en deux

Et en quartiers les hémisphères verticaux.

Grande reine profonde qui se résume à sa couronne,

Rien ne trouble la vie palpitante et soyeuse

Du tapis fondamental.

Béante fêlure, tu perces l’horizon des mers

Comme une aiguille dans un vêtement neuf.

Cheminées et crachats dont on ne sent

Ni le bruit, ni l’odeur de pierre.

Colère froide, glacée, inaltérable

Où les éléments se délient. 

 

CIEUX

Nuage

Virevoltant sans bruit

Tout là-haut,

Un nuage acrobate.

Il a les cheveux ébouriffés

Et les doigts crochus,

Des jambes aériennes.

Sans un mot il parade,

Vole d’un bon pas,

Ne s’attrape nulle part,

Court sans destin,

Trace sans obéir.

Son ami le voisin ne le regarde jamais

Et fait tout comme tous leurs cousins

Chemin solidaire,

Echappée belle.

Orage

Un père a grondé ses petits terrifiés.

Il en chute des colères et des peurs.

Tornade

Une mère en furie a perdu la raison.

Violente,

Vente colère puis éteins toi.

Eclair

Strie s’étire.

Suies s’attirent,

Et le noir se déchire.

Voile de brume

Comme le coton

Et l’ouate

La fumée du matin

Envahit

Tout

Et devient

Atmosphère.

Echevelé

Mal réveillé

Le ciel

Se pare

De fard

Qui cache

Ses joues.

Puis l’oiseau

L’heure venue

S’envole

Et d’un coup lent

Enlève ses plumes.

Eclaircie

C’est le panneau d’auberge

D’une île musicale,

Le miel du matin tiède

La promesse dorée

Et le rayon

D’espoir

De l’heure neuve

Qui vient

Nous portant

Ses gouttes de tendresse.

 

Soleil fixe

Enfermé l’astre

Superbe

Dans le creux d’une main qui protège.

Aucune mélancolie,

Bien au contraire

La jouissance zénithale.

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